Des outils pour mesurer le bien-être au travail

En l’espace de vingt ans à peine, l’environnement des entreprises a été complètement bouleversé par la mondialisation et la digitalisation. Face à ces nouveaux enjeux, les entreprises n’ont de cesse d’entreprendre au rythme de ces évolutions rapides. Flexibilité et réactivité sont devenus les maîtres mots des organisations. Ainsi, les exigences s’accroissent, les délais se resserrent et la pression augmente. Dans ce contexte d’imprévisibilité économique, l’humain tombe facilement aux oubliettes pour ne devenir plus qu’une simple ressource. Focalisés sur leur Résultat Brut d’Exploitation (RBE) et leurs objectifs de croissance, les dirigeants sont peu nombreux à prendre en considération un levier de performance pourtant essentiel : le bien-être au travail de leurs collaborateurs.

 

Des signaux alarmants, porteurs de sens

Selon la proposition de loi portée par Benoît Hamon visant à faciliter la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel en tant que maladie professionnelle, soumise à l’Assemblée Nationale en février 2016, 3,2 millions de français sont exposés à un risque élevé de burn-out. Un syndrome qui n’épargne personne puisque cadres et employés sont concernés, aussi bien dans le secteur privé que dans le public. Parallèlement, pendant que certains s’épuisent au travail en raison d’une surcharge de travail et d’une pression démesurée, d’autres croulent sous l’ennui et sont confrontés au bore-out. Et les risques psychosociaux ne s’arrêtent pas là… Face à la fréquence de ces situations alarmantes et leurs conséquences, il est indispensable que les entreprises sortent du déni. Éviter le problème ou le déplacer ne représentent en aucun cas des solutions durables.

 

De nombreux outils

L’application OurCompany propose une solution pour mesurer le bien-être au travail. Les employés n’ont qu’à renseigner le nom de la société dans laquelle ils travaillent avant de répondre à quelques petites questions telles que « comment ça va aujourd’hui au travail ? », « stressé ce matin ? » ou encore « quel est votre niveau d’énergie ? ». L’exercice se veut ludique et rapide. Pour renseigner son niveau de stress, l’utilisateur n’a qu’à sélectionner l’un des smileys proposés. Pour évaluer son niveau d’énergie, il lui suffit de choisir entre une pile à plat, moyennement chargée ou chargée à 100%. En moins d’une minute, les utilisateurs peuvent rapporter quotidiennement leur niveau de bien-être au travail. Cette météo des entreprises permet, d’une part, aux employés de partager leur ressenti en tout anonymat et, d’autre part, aux entreprises de connaître et prendre en compte le niveau de bien-être du personnel pour élaborer une meilleure gestion des RH.

Conscientes que le bien-être au travail constitue un indéniable vecteur de performance, certaines entreprises n’ont pas attendu que cette application soit créée pour s’intéresser au sujet. Ce fut par exemple le cas du centre d’appel téléphonique de la Maif à Marseille. Dès 2015, l‘établissement a fait le choix d’équiper ses locaux de bornes interactives similaires à celles utilisées dans la distribution pour recueillir les avis clients. Seule différence, celles-ci ont été installées pour mesurer la satisfaction des employés. Ce dispositif permet ainsi au centre d’appel de mesurer de manière instantanée la satisfaction du personnel tout en fournissant un axe d’amélioration pour la gestion des ressources humaines.

Pour ceux qui souhaitent avoir recours à une approche plus technique et scientifique, la Fabrique Spinoza, véritable think-tank du bonheur citoyen, a mis en lumière quatre grands types d’outils. Elle distingue ainsi :

  • Les outils inspirés par la santé au travail tels que l’Indice de Bien-Être au Travail conçu par le cabinet Mozart Consulting ou Mesure Management Santé élaboré par l’entreprise Malakoff-Médéric. En optant pour une approche défensive du bien-être au travail, ces outils examinent l’absentéisme, la maladie et la santé. La santé au travail est ainsi liée à la santé globale.
  • Les outils inspirés par l’audit social comme l’European Social Label (ESL) décerné par l’association à but non-lucratif European Social Label Institute ou le Baromètre du Climat Social (BCS) développé par mars-lab. Ces outils sont directement inspirés de recherches conduites au sein de l’Institut de l’Audit Social. Ils considèrent que le bien-être au travail passe par l’examen du climat social au sein des entreprises et la prise en compte de « stresseurs sociaux-organisationnels ».
  • Les outils issus de la Science du bien-être tels que The Happiness Indicator (THI) produit par Erasmus Happiness Economics Research Center ou Employee Engagement Survey (ES) développé par Gallup. Ces outils ont la particularité de s’inspirer de la psychologie positive. Cette approche est basée sur le fait que le bien-être au travail peut passer par le développement de forces, ou de dispositions chez la personne. Ces dernières sont en partie produites par l’individu dans sa globalité. La perméabilité entre la vie professionnelle et la vie privée est importante. Il est par conséquent nécessaire d’examiner les deux sphères pour appréhender le bien-être au travail.
  • Les outils empiriques que sont Great Place to Work déployé par l’institut Great Place to Work Institute France ou le Baromètre du Bien-Être et de la Qualité du Travail bâti par l’entreprise de conseil BeBetter&Co. Ces outils sont quelque peu différents des précédents car ils ne s’appuient a priori pas sur des conceptions du bien-être au travail. Ils ont été construits sur la base d’enquêtes réalisées dans des organisations faisant apparaître des constantes dans les déterminants du bien-être au travail (par le biais de données qualitatives ou de traitements statistiques).

 

Des facteurs et leviers à connaître

Les facteurs de bien-être au travail sont multiples. Bien que certains soient subjectifs et dépendent de perceptions, la plupart sont principalement objectifs. Ces derniers sont plus aisés à analyser et interpréter puisqu’ils agissent sur des paramètres aussi concrets que l’absentéisme, le turn-over, l’évolution professionnelle, la santé, à la sécurité ou encore les conditions de travail. Ces éléments sont, par conséquent, autant d’indicateurs du niveau de bien-être dans une entreprise. Une fois l’état des lieux établi, il faut être capable d’actionner les leviers permettant de favoriser le développement du bien-être au travail. Pour cela, le cabinet Stimulus a défini sept critères-clés basés sur les sept besoins les plus présents au travail. En plus de servir au diagnostic, ces critères représentent les leviers sur lesquels agir pour favoriser le développement du bien-être au travail. Plus leur niveau est élevé, plus le bien-être ressenti est important. À l’inverse, si ces critères sont négligés ou inexistants, ils susciteront frustration et souffrance.

1/ Le SENS qui nourrit l’identité professionnelle et influe sur le degré d’engagement.

2/ La RECONNAISSANCE de l’individu, du processus de travail et du résultat.

3/ Le CADRE fixé par la fonction, les objectifs, les pratiques managériales et les valeurs.

4/ Le PARTAGE des succès, des joies et de la réussite professionnelle.

5/ Le SOUTIEN manifesté pour accompagner les changements et passer les périodes de « crise ».

6/ L’ÉQUITÉ, le sentiment de « justice », et en cas de dommage, le besoin de réparation requit pour défendre son territoire et son identité professionnels.

7/ La SÉCURITÉ nécessaire pour affronter les peurs et inquiétudes au travail.

 

Plusieurs raisons peuvent conduire les entreprises à s’intéresser de plus près à la dimension de bien-être au travail. Certaines le font dans l’espoir de décerner un trophée lors du célèbre classement annuel réalisé par Great Place To Work. D’autres entreprennent cette démarche dans le cadre d’une transformation positive en ayant recours à un prestataire extérieur. Et enfin, les plus volontaires se chargent de développer eux-mêmes leur propre outil interne, capable de s’adapter parfaitement à leurs spécificités. Quoi qu’il en soit, favoriser le bien-être au travail des collaborateurs représente un impératif moral. Mais cela constitue également un formidable levier de performance pour les entreprises.

 

Pour en savoir plus sur le lien entre bonheur et performance au travail, lisez cet article.

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