Les situations qui conduisent au bore-out

Enchainer les pauses cafés, surfer sur le net, chercher des collègues avec qui discuter ou tout simplement regarder les minutes défiler… Tous les moyens sont bons lorsqu’il s’agit de faire passer le temps. Cette situation, que chacun ou presque a déjà vécu au moins une fois dans sa vie lors d’une période creuse au bureau, occupe parfois une place bien trop familière dans la vie de certains employés. Les maux développés au travail sont multiples et inégaux. Pendant que certains croulent sous une charge de travail démesurée et menacent de basculer vers l’épuisement professionnel (burn-out), d’autres sont délaissés et finissent par tomber dans l’ennui profond (bore-out).

 

À l’heure où le burn-out peine à être reconnu comme maladie professionnelle, le bore-out demeure quant à lui un sujet tabou. Mis en évidence en 2007 par Philippe Rothlin et Peter Werder, deux consultants suisses, ce phénomène d’épuisement professionnel par l’ennui commence difficilement à rejoindre le groupe des risques psychosociaux. Pourtant, il peut à la longue devenir un supplice. Selon Christian Bourion, l’un des premiers à avoir investi des recherches sur le sujet, 90% des employés concernés par le bore-out vivent un véritable calvaire. Le manque de stimulation intellectuelle conduit à une dévalorisation de soi et lance paradoxalement un appel au stress. Ce syndrome, compliqué à assumer dans un contexte où le chômage bat son plein, est par conséquent difficile à quantifier. Néanmoins, il touche une partie non négligeable d’employés. Afin de prévenir ce trouble psychologique, il est essentiel d’en connaître les causes.

 

Les causes

Plusieurs situations peuvent mener au bore-out mais certaines sont plus à risques que d’autres. En voici quatre particulièrement typiques :

  • Le manque de travail, à l’occasion d’un ralentissement de l’activité de l’entreprise par exemple. Alors que la charge de travail des employés s’amenuise, leur rythme habituel est bousculé par des périodes de latences. Parallèlement, des études ont montré que certains secteurs d’activité affichent un réel manque de travail. C’est notamment le cas du secteur tertiaire et de l’administration publique.
  • La réalisation de tâches ennuyeuses et/ou répétitives, inhérente à certaines catégories de travail. À Jean-Claude Delgènes, fondateur du cabinet Technologia spécialisé en prévention des risques psychosociaux, d’expliquer « certains métiers sont intrinsèquement porteurs de bore-out ». C’est par exemple le cas des hôtes d’accueil ou des agents de sécurité qui souffrent d’avoir des journées monotones rythmées par des tâches répétitives.
  • La surqualification, lorsque qu’un employé est trop qualifié pour le poste qu’il occupe. Il finalise ses tâches rapidement et n’est pas suffisamment stimulé. Un phénomène en proie de s’intensifier à l’heure où le niveau de formation s’élève de génération en génération. Une étude de l’OCDE révèle qu’en France 40% des adultes ont un niveau d’étude supérieur à celui de leurs parents.
  • Le manque de reconnaissance, voire dans des cas plus extrêmes la mise au placard. Cette absence de reconnaissance de la part de la hiérarchie et même parfois des pairs peut provoquer un sentiment d’inutilité chez l’employé. Ce dernier n’est alors plus nourri par les feedbacks des uns et des autres et fini par être mis à l’écart. Quant à la mise au placard, elle concerne généralement les cadres en fin de carrière que se voient, petit à petit, retirer des missions jusqu’à ne plus en avoir aucune.

 

Les conséquences

Bien que la cause soit littéralement opposée, les conséquences du bore-out sont sensiblement les mêmes que celles du burn-out. Pour l’entreprise, ces troubles psychologiques se traduisent par de l’absentéisme, des arrêts maladie et des traitements adaptés. Du côté des employés, l’ennui peut dans un premier temps donner naissance à des habitudes « palliatives » telles que le grignotage, les pauses cigarettes à répétition et parfois même l’alcool. À la suite de quoi l’ennui fait la part belle à la morosité, la remise en question, la perte d’estime de soi et la dépression. Une situation d’ennui profond qui s’inscrit dans la durée s’avère être lourde de conséquences. L’enjeu concerne le manque de reconnaissance de ce nouveau syndrome qui reste malgré tout difficile à revendiquer. Les a priori et les jugements sont nombreux. À tort, les victimes sont fréquemment perçues comme des paresseux. Mais, contrairement aux paresseux qui rechignent à travailler même s’ils ont du travail, les victimes du bore-out sont frustrées et ne demandent qu’à travailler davantage.

 

Lutter contre l’ennui au travail

L’entreprise a un vrai rôle à jouer pour éradiquer l’ennui au travail. Avant d’arriver à ce genre de situation critique, elle doit avant toutes choses veiller à ce que les employés communiquent entre eux, horizontalement mais également verticalement. Cela commence par l’écoute de la part des managers. À cet effet, il est essentiel qu’ils procèdent régulièrement à des entretiens avec leurs collaborateurs. Ces moments d’échanges privilégiés permettent de sonder l’état d’esprit des employés et, le cas échéant, de détecter les signaux alarmants comme le désengagement, le manque d’enthousiasme, la sensibilité émotionnelle. À l’issue de ces entretiens, les managers pourront proposer des solutions pour favoriser la motivation au travail via des formations, de nouvelles responsabilités ou de la mobilité interne. Quoi qu’il en soit, l’entreprise ne doit pas laisser ses collaborateurs seuls face à cette situation dont ils ne sont pas responsables.

 

Pour en savoir plus sur le bien-être au travail, lisez cet article.

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